Molière, du théâtre populaire au grand théâtre

Publié le par Aru/ki

Et voilà… Etant épuisée par l’ignoble quantité de travail que j’ai accompli ces six dernières (et apocalyptiques) semaines, et entrée dans ma phase de « décompression » habituelle (c'est-à-dire le stade larvesque où la seule action envisageable est de se nourrir de saloperies sucrées), je me disais qu’il me suffirait de poster un petit article avant d’aller me coucher… Fière de ma décision de finalement faire quelque chose, j’ouvre mon classeur de littérature et je découvre (à mon grand désespoir) que le prochain sur la liste n’est autre que…Molière !!!! *Mais bon, c’est rien, je n’ai jamais que trois pages de notes…*

Ayant rempli mon quota journalier de plaintes (vu que je n’ais plus mes fidèles amies sous la main tous les midis, il faut bien que je me défoule quelque part !! *sourire angélique*), je vais donc vous présenter Molière :

Jean Baptiste Poquelin de son état civil, Molière est l’un des plus grands dramaturges français, qui créa (avec Racine et Corneille pour la tragédie), l’image du théâtre de la Cour de Versailles. Dans cette société du spectacle (la vie du roi est « théâtrale », Versailles vaniteux et émotionnel, le théâtre omniprésent entre celui représenté sur scène, la Cour, la Commedia dell’Arte pour le peuple et les sermons très théâtralisés *qui provoquaient l’hystérie du public terrorisé*) n’importe quel quidam est susceptible de devenir le « héros » (ou plutôt la cible) du théâtre de Molière (on pourrait même parler d’une mise en abîme du théâtre social). Le théâtre devient un regard porté sur son temps, un instrument de critique sociale, utilisé (indirectement) par le roi lui-même. (Contrairement à la tragédie de la même époque, chez Molière, le temps de l’énoncé coïncide avec le temps de l’énonciation). Le mélange du genre « bas » (bouffonneries, mimiques…) avec le genre « noble » (personnages de la Cour…) donne un coté réaliste à ce théâtre.

Les personnages étant trop simples, trop inoffensifs pour la tragédie, mais quand même assez dramatiques, la comédie devient, non plus une bouffonnerie, mais une tragédie crédible, dans le sens où ces « drames » (*la présence d’un libertin déchainé, d’un avare despotique, d’un dévot opportuniste (on notera d’ailleurs que ces trois jouent un rôle, trompent leur monde,  d’où la mise en abîme…*) peuvent arriver tous les jours à Versailles (*et recèlent aussi un coté scandaleux car certes, on ne tue pas ses propres enfants/ceux de sa femme/ladite femme (rayez la mention inutile) mais on fait bien pire : on expose (de façon ridicule) des gens qui existent, on expose dans une jubilation caricaturale ce que tout-le-monde-pense-mais-personne-n’ose-dire dans une société où l’hypocrisie est maître(sse).). Molière est d’ailleurs bien placé pour le savoir, puisqu’il est régulièrement la cible des foudres de la Société du Saint Sacrement (le parti des Tartuffes, malheureusement placé sous la protection d’Anne d’Autriche, reine-mère) qui juge ses pièces honteuses et décadentes (et surtout qui n’apprécie guère qu’on la critique, ni l’influence de Molière auprès du roi) (Note : un jour, je vous ferais peut être un cours de stratégie à la cour de Versailles… Croyez moi, ça vaut le détour (les machinations diaboliques de Sauron, à coté, ça parait tout mignon))*

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler en détail d’une pièce de Molière qui symbolise assez bien le principe dont nous parlions précédemment *si vous avez réussi à suivre le (tortueux) déroulement de ma pensée malgré toutes les parenthèses*. Dom Juan est une pièce (métaphysique, mais nous y reviendrons plus tard) qui peut être interprétée comme une métaphore du théâtre : le personnage de Don Juan ne veut pas s’installer dans la vie, ce qui fait référence à la courte durée du théâtre : il est perpétuellement en changement, en conflit, c’est un être de théâtre par excellence, voire même (si nous osions dire) un génie séducteur du théâtre, enfermé dans ce rôle permanent de jeune premier qui doit éblouir. Le théâtre doit fasciner, captiver (surtout à Versailles) s’il veut survivre *les personnages comme le Bourgeois gentilhomme, sont obnubilés par le fait de « briller », valeur première de la Cour du Roi-Soleil* ce qui correspond exactement à la condition de Molière, qui doit séduire le roi afin de rester en vie *ceci n’est pas forcément une métaphore*.

Comme je l’ai dit précédemment, Dom Juan est une pièce métaphysique, qui par là se rapproche du Hamlet de Shakespeare : elle comporte un niveau de vérité humaine *par exemple, la quête de la liberté* au-delà des époques, et donc une portée universelle. Elle est centrée sur un mythe qui a traversé les époques *le premier Dom Juan fut crée par Tirsé de Molina, prêtre espagnol, plus d’un siècle auparavant, et Mozart écrivit Dom Giovanni quasiment un siècle après* et qui fait fantasmer les hommes *au sens êtres humains* par sa démesure, son pouvoir de transgression, son défi permanent à tout et même à Dieu (Mort incluse). (Je m’aventure sur des terrains glissants mais il serait éventuellement possible de considérer la possibilité *oui, je m’amuse bien, c’est d’ailleurs fou le nombre de synonymes que la belle langue de…Molière comporte * que Don Juan soit l’antithèse d’Hamlet : en effet, il passe son temps à agir et à fuir la réflexion, la confrontation avec lui-même, il est dans l’excès, pratique l’hypocrisie de cour que le prince du Danemark hait tant, et part dans la mort avec assurance et volupté (alors qu’Hamlet répète au moins quatre fois « je meurs » *horreur et désespoir* avant de finalement mourir). C’est un être profondément libre, libre de toute contrainte sociale et familiale (*il a renié son père, change d’épouse deux fois par semaine*) alors qu’Hamlet est enfermé dans son devoir vis-à-vis de son père, dans sa relation quasi-incestueuse de jalousie et d’indignation avec sa mère (*Certes, on peut considérer que Don Juan aussi souffre d’un complexe maternel, mais celui-ci s’exprime bien différemment : au lieu de rester et d’essayer de changer sa mère, il s’enfuit et essaye de la retrouver dans une autre femme (même s’il n’y arrive pas)*)…)

 

Considérant que cet article en vaut deux, je vous souhaite une bonne lecture et de longues réflexions métaphysiques et me dirige avec une joie incommensurable vers mon palais nocturne *vulgairement appelé « plumard » dans Kaamelott, mais j’ai l’impression de l’avoir déjà dit (je parle tant que ça de mon lit ??? c’est vrai que c’est mon plus fidèle compagnon, mais quand même (…la fatigue me fait dire n’importe quoi))*).

 

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